lundi 27 juin 2011

Les Défis du Samedi - La Révélation

Une petite nouvelle sur le thème du contenu d'un tiroir.

Etait-ce de l’avancement ? Un avertissement ? Une punition ? Une mise au placard ? Heng eut du mal à se prononcer. Bien sûr, passer du statut de contremaître d’équipe à chef de ligne de production était vu par beaucoup comme une promotion, une reconnaissance méritée de la qualité du travail effectué. On ne se salissait plus les mains sur les machines outils, on s’occupait un peu moins des questions techniques et un peu plus de l’aspect administratif de la conduite de l’usine. On avait le beau rôle. Les collègues ne s’y étaient pas trompés et sitôt la circulaire d’information affichée sur le mur de la salle communautaire, on avait trinqué, à grand renfort de saké bon marché, au succès futur du quadra dans ses nouvelles attributions.

mardi 21 juin 2011

Feu Mr Brow, suite et fin

Résumé de l'épisode précédent : Ryan est en bien fâcheuse posture (parce qu'il se tient un peu vouté et du coup ça lui fait une sciatique)...

Sur son siège se tenait ce qu’il serait indécent d’appeler un homme. Ce qui avait dû être autrefois un homme serait plus approprié. Bien qu’il fût habillé d’un costume sinon propre, en tout cas de bon goût et de fort bonne facture, l’individu n’avait pas plus forme et visage humain qu’un cadavre de six mois enterré. Ce qu’il était vraisemblablement, d’après les maigres connaissances en médecine de Ryan. L’individu était en état de décomposition déjà avancé mais ne semblait pourtant pas en souffrir outre mesure. On aurait même dit, vu son air fat, qu’il prenait plutôt la chose avec philosophie. Ceci n’empêcha pourtant pas Ryan de vaciller sur ses jambes et de tomber en avant, les deux mains au sol.


- Que diable, mon garçon, un peu de sang-froid, s’il vous plait ! Ne faites pas honte au courage légendaire de nos aînés. A moins que vous soyez fils d’un quelconque rustre de la vieille Europe…

- Qui êtes-vous ? parvint à articuler Ryan au prix d’un effort de maîtrise de son larynx.

Le cadavre ambulant esquissa un sourire carnassier, rendu grotesque par la quasi-absence de ses lèvres. Puis il ouvrit grand les bras.

- Qui suis-je ? Mais le responsable de tout ceci, jeune homme…

jeudi 16 juin 2011

Feu Mr Brow

Partons à la découverte du monde fascinant et des aventures pleines de rebondissement des clercs de notaire ! Youpi !

L’unique source lumineuse de la pièce avait toutes les peines du monde à éclairer l’étude. Le filament de carbone délivrait pourtant courageusement l’intégralité de la puissance de ses vingt-cinq watts dans une vaine tentative de franchir les éons d’obscurité entre le culot de l’ampoule et le bureau du clerc. Il était vingt-cinq heures sonnées, c'est-à-dire plus que très tard. Sans en référer à quiconque, la nuit glissait ostensiblement vers le petit matin.


Le vent détourna brièvement une rafale de pluie qui vint grêler les carreaux à la façon d’une poignée de gravier jetée par un cancre en maraude. Le clerc releva la tête, regarda durant quelques secondes d’interminables larmes de pluie s’écouler sur le verre épais et soupira. Comme un grondement de tonnerre lointain en couvrit le bruit, il soupira alors de nouveau, afin de pouvoir au moins se contenter du bonheur fugace de s’entendre soi-même désespérer. De dehors, la lumière faiblarde qui filtrait d’une des rares fenêtres de la façade aurait pu faire passer de loin le vieil immeuble pour une citrouille d’Halloween géante dans laquelle la chandelle était en train de mourir.

Le clerc aussi était en train de mourir.

D’ennui.

jeudi 2 juin 2011

Clebard du Bassinet

Prêt en bulle : Le texte du jour est ce qu'on appelle couramment un fanfic, une fiction écrite par un fan d'une œuvre originale et rendant hommage à l'écrit. En clair, une histoire écrite à la manière de. Le de en question, c'est Justine Niogret, l'auteuse d'un certain livre vachement bien qui s'appelle Chien du Heaume, qui est un peu aussi le genre de bouquin qui m'a donné envie de me mettre à écrire des conneries moi aussi, :o , et dont, hasard du calendrier (mon oeil) la suite des aventures vient de paraître. (Mordre le Bouclier, en vente dans toutes les bonnes crêperies). 
Le principe du fanfic, c'est de reprendre quelques personnages, quelques décors ou tout simplement l'univers de l'auteur dans son integralité et d'en faire un truc personnel et mieux. On peut ainsi jouer à réécrire des chapitres mais d'un point de vue différent, ou jouer à créer des scènes qui figurent pas dans le bouquin mais qu'on aurait bien aimé y voir quand même. On peut aussi jouer aux petits chevaux mais moi j'arrive jamais à faire des 6 alors je préfère faire des fanfic. En plus, ça fait cool de dire fanfic...

mardi 24 mai 2011

L'énigme du Pendu - Episode 2/2

Jambes écartées, poings posés fermement sur des hanches auxquelles on aurait pu suspendre assez de harengs à fumer pour permettre à une famille Irlandaise de tenir au moins deux hivers. C’est toute la puissance grandiose et rayonnante de l’empire britannique qui, sous les traits ridés d’une dame qu’on aurait dit taillée dans une plume de corbeau, fit son entrée sur les lieux du drame. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il avait l’air salement en pétard, l’empire.

dimanche 22 mai 2011

L'énigme du Pendu - Episode 1/2

Ouf ouf, me voilà de retour. Merci de bien vouloir me pardonner pour cette periode de moins-disance, heu...j'avais piscine, c'est pour ça. Merci à vous, vous êtes formidables. Surtout toi qui te reconnaîtras.
Droit comme un lancier du Bengale revenant de campagne, l’agent de police Twinings, bobby de son état et de celui de la couronne britannique, à qui on avait assigné la gratifiante tâche de monter la garde sur le palier, garde-montait autant que faire se pouvait.

Consciencieusement et malgré la pénombre qui régnait dans les lieux, il inspectait rigoureusement les alentours en insistant tout particulièrement sur ses avant-bras et notamment le bon alignement de ses boutons de manchettes. Les trois de sa manche droite s’étalaient en une conjonction et une magnitude si parfaites que certaines constellations bien nées auraient pu en prendre ombrage, si elles ne bénéficiaient pas de cet aura de suffisance et cette tendance naturelle à se sentir au delà de toutes considérations bassement matérialistes dont chaque astre composé de plusieurs milliards de tonnes de matière en fusion fait légitimement preuve. Les deux de la manche de gauche lui rappelaient par contre amèrement qu’il devrait ce soir demander à Mrs Twinings, sa loyale épouse (sauf au bridge), de bien vouloir lui recoudre celui qui manquait à l’appel et qui s’était laissé prendre, par sa négligence essentiellement, dans la portière du trolleybus qui l’avait amené, lui et la brigade de police jusque devant la porte austère du 36, Vernon Rise, à Londres ce doux et ensoleillé matin de juin 1928. Entendons par ensoleillé qu’il n’avait plu que trois fois depuis le lever du brouillard.

vendredi 29 avril 2011

Vague alarme*

-T'as fait quoi aujourd'hui ?
- Rien.
- C'est dommage. C'est même con. Les vacances ça sert à faire ce que tu ne peux jamais faire quand tu es au boulot.
- A bosser donc ? Tu voudrais que je bosse pendant les vacances, c'est complètement idiot.
- Tu m'as compris.
- Non. Et puis j'ai pas envie de comprendre. J'ai pas envie de faire le moindre effort intellectuel aujourd'hui. Les esprits chagrins diront que ça ne change pas de l'ordinaire. Mais c'est vrai, je suis à plat. Vide, creux, flou, bègue, neurasthénique, dépressif, suicidaire, bougon, pas cadré sur la photo, on m'a pas amené le plat que j'avais commandé, j'ai un épi dans les cheveux, Je suis le seul à être sans relief dans Avatar, y'a plus ma pointure en réserve, et des gens répondent au téléphone pendant la séance, alors ça va pas. Si j'étais un chanteur de merde, je dirais comme ça que j'ai un caillou dans la chaussure de mon cœur.
- La chaussure de ton cœur... N'importe quoi. Ah oui, ça va vraiment pas bien, là.